En tout premier lieu, nous tenons à souligner que la gravité et la sensibilité particulièrement accrue du sujet ne doit aucunement masquer le travail courageux, investi et de longue haleine du tissu associatif sur le terrain. Inlassablement, tous ces acteurs et actrices de terrain s’engagent chaque jour avec acharnement et détermination à la lutte contre les violences faites aux Femmes, leurs actions se déroulent loin des caméras et pourtant qui doit plus que connu et encouragé.

Ensuite, nous devons concéder que les travaux relatifs aux Outre-mer se passent très souvent dans des salons feutrés ou universités visant majoritairement des initiés, sans doute loin, malgré les souhaits affirmés d’informer et d’alerter, du public auquel ils se destinent. En effet, la réalité et la gravité des faits se doit encore et sans cesse d’être mis en lumière : le volume des violences faites aux Femmes est plus important en Outre-mer que dans l’hexagone. Nous nous référons au rapport du Conseil Economique Social et Environnemental remis en 2017 qui précisait que les violences faites aux femmes étaient plus nombreuses Outre-mer que dans l'hexagone.

Nous accordant à cette étude, 2,3% des métropolitaines déclaraient avoir été victimes d'agression physique par leur (ex-)conjoint dans les 12 derniers mois, le chiffre montait à 17% pour la Polynésie et 19% pour la Nouvelle-Calédonie. Les femmes de ces deux territoires sont également huit fois plus victimes d'agressions sexuelles par leurs conjoints que dans l'hexagone. En Polynésie française, le bilan est alarmant : 1 femme sur 4 est victime de violences soit 1500 femmes par an.

Selon cette même étude, La Réunion et la Martinique affichent en revanche des taux proches mais tout de même deux à deux fois et demie supérieurs de celui de l’hexagone. Et du côté de la Guadeloupe, si les chiffres sont en baisse, ils restent tout de même inquiétants : depuis début 2018, 1326 femmes ont été victimes de violences physiques et 8 femmes ont subi une tentative d'homicide.

L’avis du CESE rappelle le caractère universel du phénomène des violences faites aux femmes, leurs différentes formes et leurs conséquences. Soulignant les principaux traits de la remarquable diversité historique, culturelle et institutionnelle des territoires ultramarins, il fournit les données essentielles permettant, en l’état des connaissances, de mesurer dans les Outre-mer l’ampleur de la prévalence des violences sexistes et sexuelles contre les femmes.

Enfin, depuis plusieurs mois, Le mouvement de libération de la parole des femmes, initié par #MeToo et #BalanceTonPorc a permis d’éclairer les violences que subissent les femmes quotidiennement. Force est de constater qu’une dynamique inédite s’est créée et qu’elle a permis à ces centaines de milliers de femmes le courage et le droit de se réapproprier ce droit fondamental d’avoir des droits et le courage de mettre des mots sur leurs maux, sur des violences cachées, subies, et bien tristement bien réelles.

Sur les îles d’outre-mer, en raison de l’exiguïté des territoires et des espaces donnés, les mesures d’éloignement sont par définition plus difficiles à appliquer. Les victimes et leurs agresseurs vivent en vase clos, tout le monde finalement finissant par se connaitre. A l’acte d’agression s’ajoute la honte, la pression, le regard des autres, qu’on ne peut plus fuir.
La libération de la parole créé un choc des consciences, mais pour un temps défini. Alors que le témoignage courageux de quelques-unes, qui ont su mettre allant jusqu’au bout d’elles-mêmes poser des mots sur leurs traumatismes, les vies de centaines de milliers d’autres ont pu en réaction, prendre un nouveau départ. Pour chacune de nos sœurs, mère, femme et fille des territoires d’Outre-mer, le temps d’être spectatrices de cette révolution a pris fin et notre part aussi à l’histoire de ce mouvement libérateur prend enfin son essor.

Nous ne cesserons de marteler que la femme en tant qu’individu est l’égal de l’homme. Agissons pour déconstruire les stéréotypes qui sont ancrés dans l’inconscient collectif, et souvent depuis le plus jeune âge. La lutte contre les violences faites aux femmes n’est pas qu’un combat hexagonal mais bien une lutte universelle et fondamentale des droits humains à laquelle nous prenons avec d’autres engagées sur le terrain notre part.

Chantal CLEM

Porteur des assises nationales des violences faites aux jeunes filles et aux Femmes dans les Outre-mer 5, 6 et 7 avril 2019/ Musée de l’Homme